Le projet de budget de l’Etat pour l’exercice 2020 est toujours en discussion en interne au niveau du gouvernement. Après le tollé suscité par les sept (7) milliards Usd alignés dans le projet de budget 2020, le gouvernement n’exclut pas la possibilité de revoir la copie à transmettre incessamment au Parlement. Quelle que soit la hauteur du budget 2020, on sait d’ores et déjà que le gouvernement s’est imposé le devoir de ne pas financer le déficit public par des avances de la Banque centrale du Congo. En cas de déficit public, le gouvernement promet plutôt de recourir aux émissions des bons du Trésor. Il y va, se dit-on, de l’impératif de garantir la stabilité du cadre macro-économique en préservant les maigres réserves en devises encore disponibles.

Le Potentiel

Depuis l’entrée en fonction, le 9 septembre 2019, du ministre des Finances, Sele Yalaghuli, les choses sont en train de s’améliorer dans la tenue des finances publiques. Au ministère des Finances, on travaille jour et nuit pour diminuer davantage le déficit public qui s’est établi, fin août 2019, à plus de 300 milliards FC, selon les derniers condensés statistiques de la Banque centrale du Congo. Pour le mois de septembre, la cible se situe autour d’un solde négatif sous la barre de 150 milliards FC. C’est le pari que s’est imposé le ministre des Finances.

Quoique le ministre Sele soit absent du pays, son équipe d’experts est à pied d’œuvre à Kinshasa. Tout est mis en œuvre pour engager dans les bonnes conditions – probablement au cours de prochaines assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale – les discussions avec les équipes du FMI en vue de la conclusion d’un nouvel accord formel au titre de la Facilité élargie de crédit.

De Washington, l’on apprend que le FMI a posé quelques préalables. Il voudrait, notamment, voir le gouvernement donner le gage de la bonne gestion des finances de l’Etat. Premier test : éponger avant décembre 2019 les déficits accumulés depuis lors sur le compte général du Trésor.

Parallèlement, le FMI attend également à ce que le gouvernement efface de l’ardoise financière de l’Etat des dépenses publiques hors chaine, soit 900 milliards FC à ce jour, contre des dépenses ventilées via la chaine de l’ordre de 300 milliards FC. « L’objectif est d’apurer ces dépenses hors chaine avant d’engager des discussions avec le FMI. On va y arriver », a fait observer un haut placé du ministère des Finances. Dans l’immédiat, le ministre des Finances a levé l’option d’activer toute liquidation de dépenses avec l’obligation d’une contrepartie en recettes. « C’est le crédo. L’objectif est de ne pas assécher les réserves de change qui sont déjà maigres », rapporte le ministère.

Zéro déficit

EN 2020 Si pour l’année budgétaire 2019, le gouvernement est obligé plutôt de colmater les brèches en réduisant à dose homéopathique les déficits publics, en 2020, on promet un retour strict à l’orthodoxie financière. Pour l’exercice 2020, le gouvernement s’est imposé un pari : aucun déficit public ne pourra être monétisé, autrement dit l’interdiction de recourir au financement monétaire pour boucher le déficit du Trésor.

Au ministère des Finances, on s’est déjà convenu  de la ligne de conduite à suivre : « Si déficit il y a, c’est par l’émission des bons du Trésor qu’on devra le couvrir, pas par la voie monétaire ».

En réalité, tout est mis en place pour préserver la stabilité du cadre macro-économique pour, clame-t-on au ministère des Finances, « ne pas énerver le taux d’intérêt ». Au sein du gouvernement, on évite de poser des actes qui peuvent amener à terme une surchauffe du cadre macro-économique. « L’équilibre du cadre macro-économique est à protéger. C’est ce qui pourrait nous ouvrir les portes du FMI. On doit la préserver à tout prix », a fait comprendre à notre rédaction un expert du ministère des Finances.

Dans tous les cas, on sait que la conjoncture économique interne est en train de raffermir. Depuis la mise en place du gouvernement Ilunga Ilunkamba, des lignes sont en train de bouger – dans le bon sens d’ailleurs. Le déficit est en train de baisser. Au gouvernement, on s’en félicite.

Pour le moment, on ne crie pas encore à la victoire. On sait que le chemin à parcourir est encore long. Il est si long qu’aucun relâchement n’est permis. Autour du ministre Sele Yalaghuli, une équipe d’experts se mobilise pour rétablir les équilibres. Le deadline est connu : ramener les indicateurs conjoncturels au vert à fin 2019. Les premiers signaux sont rassurants. Les recettes sont en légère hausse, alors qu’une rigueur a été imposée dans l’affectation des dépenses.

A terme, on pense soulager la trésorerie de l’Etat, avant d’engager avec sérénité les prochaines discussions avec d’un côté, le FMI pour la conclusion d’un nouvel accord formel, et de l’autre, la Banque mondiale pour l’accès aux nouveaux appuis budgétaires.

A l’assaut de la Banque mondiale et du FMI

A Washington, le chef de l’Etat Félix Tshisekedi a fait le premier pas en allant à la rencontre des staffs de la Banque mondiale et du FMI. A la différence du FMI, la Banque mondiale ne ferme pas la porte à tout appui budgétaire en faveur de la RDC. Elle a néanmoins posé au gouvernement de la RDC 14 batteries de réformes à mettre en œuvre pour prétendre à ses appuis budgétaires, soit plus d’un milliard Usd par an.

Selon des sources internes du ministère des Finances, la RDC doit choisir entre 7 et 8 réformes à actionner en toute urgence pour convaincre la Banque mondiale. Lundi dernier à Washington, une option a été clairement levée.

Quant au FMI, on est parti pour un grand challenge en vue de la conclusion d’un nouvel accord formel. La RDC devra franchir quelques obstacles pour obtenir le quitus du FMI. Pour le moment, les deux parties travaillent sur différentes options. Il faut cependant attendre les prochaines assemblées annuelles de la Banque mondiale et du FMI, prévues du 14 au 20 octobre 2019 à Washington, pour qu’une voie soit clairement tracée dans le sens des appuis budgétaires des institutions de Bretton Woods.

Pour l’instant, Kinshasa joue à la prudence. Jusqu’en décembre 2019, les efforts du gouvernement sont tournés vers la résorption des déficits budgétaires de ces derniers mois. En 2020, le gouvernement exclut tout déficit public. De même, il met une croix à tout déficit monétisé, promettant de financer tout solde négatif du Trésor par des émissions des bons du Trésor. Tiendra-t-il ce pari ? C’est tout le problème.

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